Il y a des bureaux qui ressemblent à des musées de famille. Des lieux où le temps semble avoir déposé, pierre après pierre, les traces de ceux qui nous ont précédés.
Des guitares dans la pénombre. Une vieille machine à coudre qui a traversé la Méditerranée. Des photographies qui racontent plusieurs générations. Et cette odeur de cigare qui, certains jours, semble encore flotter dans l'air.
C'est là que j'ai grandi. Là que j'ai appris mon métier. Là aussi que j'ai compris que nous ne construisons jamais vraiment seuls.
En 1957, à Marseille, d'autres avaient posé la première pierre d'une aventure familiale. Des décennies plus tard, avec mon frère Ben, notre tour est venu de reprendre les outils, de poursuivre l'ouvrage et d'essayer, à notre manière, d'y apporter un peu de notre lumière.
Entre les deux, il y a eu la vie.
Un premier rendez-vous commercial complètement raté à dix-sept ans. Un contrôle de gendarmerie qui se termine autour d'un plat de boulettes, une histoire que mon oncle adorait raconter. Des avions ratés, des salons à l'autre bout du monde, des rencontres improbables, un trophée gagné en djellaba, des éclats de rire, quelques échecs, beaucoup de rêves et les post-it d'un père qui ne dit jamais rien pour rien.
Il y a surtout des femmes et des hommes.
Ceux qui nous ont précédés. Ceux qui ont bâti. Ceux qui nous ont tendu la main. Ceux qui marchent encore à nos côtés. Et ceux à qui, un jour, nous devrons à notre tour transmettre ce que nous avons reçu.
Ce livre n'est ni un manuel de management, ni une leçon de vie, encore moins un règlement de comptes.
C'est simplement une histoire de famille, de travail, de rencontres et de transmission. Une histoire faite de pierres parfois parfaitement taillées, parfois un peu moins, mais qui, assemblées les unes aux autres, finissent par former un édifice.
Je la raconte comme je la raconterais un soir, autour d'un verre, à quelqu'un que j'aime bien.
Avec ses imperfections. Ses détours. Ses silences. Ses éclats de rire.
Et surtout avec cette conviction : tant qu'il reste quelque chose à apprendre, quelqu'un à aimer, une idée à transmettre ou une pierre à ajouter à l'ouvrage, le chemin continue.
Juste une virgule.
Parce qu'une virgule n'est pas une fin.
C'est le temps de reprendre son souffle, de regarder un instant le chemin parcouru, puis de repartir vers la lumière.
Le temps de reprendre son souffle!!!