Conversations dans le Loir-et-Cher rassemble une suite de dialogues en prose, encadres par une préface qui annonce un fil conducteur unique : "cet art pour les hommes de vivre ensemble". Claudel met en scène une "commission" de voix qui, au gré de promenades, d'arrêts et de rencontres, examine des formes de groupements humains : la famille, la maison, le château, la petite ville, l'usine, le gratte-ciel, et la civilisation moderne vue à travers l'expérience du voyage. La preface situe aussi l'ecriture a des moments discontinus (sejours en France, New York, traverses) et signale un motif final, plus sombre, parmi les "groupements humains" : le bagne.
La première conversation, "Jeudi", s'ouvre sur une terrasse près de Blois, dans un décor de château, foret et rivières, et fait entendre un débat sur la coopération, les services communs, la vie domestique et les difficultés de la vie commune. Dans "Dimanche", les personnages rament sur le Loir-et-Cher et la conversation prend appui sur le dimanche, la messe et le rapport entre religion et societe, en cherchant a penser des liens plus "organiques" entre les hommes. Une conversation ultérieure développe la question des villes et de l'architecture, en opposant formes d'habitat, évolution des châteaux et construction moderne, avec une attention concrète aux espaces, aux services et a l'organisation collective. Enfin, "Samedi" deplace le cadre sur le pont d'un bateau entre Honolulu et San Francisco : deux interlocuteurs echangent a partir d'un dossier de papiers et de "coupures", dans une conversation qui assume l'inacheve, les raccords difficiles, et la circulation d'idees a l'echelle du monde.
Par son dispositif de "conversations", Claudel articule observations de terrain (maison, ville, travail, deplacements), scenes situees (Sologne, chateaux, fleuve, voyage), et questionnements sur la societe, l'organisation humaine, et les conditions concretes d'un vivre-ensemble.