Dans Le possédé, Camille Lemonnier suit la lente dérive du président Lépervié, magistrat installé dans une vie réglée entre le Palais, son foyer et ses habitudes. Un malaise physique, des rêves oppressants et une nervosité nouvelle fissurent sa maîtrise. L'arrivée de Rakma, institutrice de sa fille Paule, agit comme une force d'attraction: regards, silences, proximité quotidienne. Lépervié croit d'abord résister, puis se découvre travaillé par une curiosité qui devient besoin, et par une sensualité qui le surprend. Autour de lui, Lydie, son épouse, s'épuise dans une existence immobile, tandis que Guy, le fils, grandit dans la maison. La passion clandestine s'installe, nourrit la jalousie, la dissimulation, les décisions absurdes et les crises d'humeur. Lemonnier décrit sans complaisance les gestes, les odeurs, la fatigue des corps et l'emportement des désirs: une possession qui n'a rien de surnaturel, mais qui colonise la pensée et détruit les liens. Roman de la dépendance et de l'aveuglement, Le possédé montre comment un homme, certain de sa dignité, se laisse entraîner jusqu'à la dégradation, au scandale et à la solitude. Entre observation du quotidien, tension psychologique et scènes de passion, cette fiction classique dresse le portrait d'une chute intime et familiale, implacable et bouleversante.