Dans « La Porte étroite », André Gide fait raconter par Jérôme ses souvenirs, « très simplement », sans « invention », comme le récit d'une histoire où la « vertu » s'use au contact d'un amour idéalisé. Orphelin de père, élevé entre sa mère et Miss Ashburton, Jérôme passe ses étés à Fongueusemare, dans la maison normande de son oncle Bucolin. Il y retrouve ses cousins : Robert, Juliette et surtout Alissa, plus âgée que lui, dont il comprend un jour qu'ils ont cessé d'être enfants.
Le roman s'ouvre aussi sur une crise familiale : la tante Lucile Bucolin, figure troublante et scandaleuse pour l'enfant, et dont les « crises » bouleversent la maison. Un dimanche au temple, le pasteur Vautier prend pour texte : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite » (Luc XIII, 24). Jérôme associe alors cette « porte étroite » à Alissa, et imagine l'amour et la foi comme une même exigence : se réduire, se « vider » de l'égoïsme pour atteindre une joie « pure » et « mystique ».
De cette matrice naît une relation faite de présence, d'attente, de lettres et de renoncements. Lorsque Jérôme quitte Le Havre, Alissa s'embarque pour Southampton puis gagne Londres, expliquant que rester « si près de Juliette » lui est « intolérable ». Les années passent, rythmées par l'étude, les correspondances, et les nouvelles de la famille (Juliette, Robert, et Édouard Teissières).
La fin du récit conduit Jérôme vers un dernier revoir : Alissa lui dit simplement : « J'ai vieilli. » L'instant se défait, et Jérôme mesure l'écart entre l'amour vécu et l'amour transformé en « vertu ». Il conclut à l'absurdité d'un effort qui a placé Alissa « à ces hauteurs » par son seul vouloir, puis accepte d'entrer à l'École d'Athènes comme une « évasion ».
Après coup, Jérôme a accès aux papiers laissés par Alissa : son « Journal » montre sa lutte spirituelle et affective, son effort pour se détacher de Jérôme, ses lectures (Bible, Imitation, Pascal), ses versets notés jour après jour, et ses prières où l'amour humain et la quête de Dieu restent entremêlés : « Mon Dieu, vous savez bien que j'ai besoin de lui pour Vous aimer. » Une dernière image familiale referme aussi le passé : Juliette demande à Jérôme d'être le parrain d'une petite fille qu'elle a nommée « Alissa ».